Villiers: des dessins de la guerre sud-africaine

Villiers: des dessins de la guerre sud-africaine

 

Frederic Villiers fut populaire à la fin du XIXe siècle et au début du XXe comme correspondant de guerre et artiste de guerre. Il a observé des campagnes militaires à partir des  années 1870; il se distingua comme le premier utilisateur d’une bicyclette et d’une caméra cinématographique sur un champ de bataille. Il a aussi voyagé pour couvrir des événements notables tels que le couronnement du Tsar Alexandre III en Russie. Pour faire ses reportages dans les différents théâtres de guerre ou occasions exceptionnelles, il a utilisé le mot écrit, mais aussi le crayon,  les brosses, la photographie ou le film. Les illustrations de Villiers ont été publiées  par le Graphic, Black and White, Standard, English Illustrated Magazine, Idler et The London Illustrated News. Enfin, il a publié plusieurs livres en utilisant ses croquis et illustrations : Peaceful Personnalities and Warriors Bold (1907) et Villiers. His Five Decades of Adventure (1921).

Les croquis de Frederic Villiers qui se trouvent dans notre collection ont été produits vraisemblablement avant Noël 1899 et jusqu’à mi-février 1900, pendant la seconde guerre sud-africaine. Selon His Five Decades of Adventure, Villiers voyagea depuis l’Australie pour l’Afrique du Sud en y arrivant au début de décembre 1899. Un élément caractéristique dans ces dessins est l’explication écrite du sujet, en crayon, accompagnant les images, comme s’il s’agissait d’une bande dessinée ou un scénario cinématographique. Tous les dessins sont en crayon et lavis, ce qui leur rend une allure d’image noire et blanc.

Selon les dossiers du musée, les dessins ont été offerts par le 3e bataillon, The Royal Canadian Regiment à l’occasion du centennaire du régiment en 1983. On les avait acquis le 3 mars 1983 en Allemagne, en provenance d’un membre de la Base des Forces canadiennes Lahr – service des incendies; ce dernier les avait achetés dans une boutique d’antiquités danoise. 

L'État libre d'Orange


L’inscription au crayon en haut à gauche de l’image désolante donne une idée de ce que le paysage illustre : « à la veille d’une invasion, l’État libre d’Orange ». Le point de vue est situé à Jacobsdaal, le village où les Boers, dirigés par Piet Cronje avaient campé; très loin, en arrière-plan, comme l’artiste l’indique, on aperçoit Paardeberg, une dérive du cours de la rivière Modder, où les troupes britanniques les ont confrontés.

 

DATE: ca. 1899-1900
EN PROVENANCE DE: 3E BATAILLON, The Royal Canadian Regiment
IDENTITÉ D'OBJET: MRCR1983.006.0001a

Hôtel de la couronne royale (Boer blessé)

Le titre « L’hôtel de la couronne royale » est une ironie à l’adresse du poste de premiers soins ci- représenté, improvisé et en mauvaise état. Cette image a des similarités frappantes avec une photographie prise par Reinhold Thiele qui illustre un hôpital de campagne surpeuplé à Paardeberg; cette dernière montre des gens blessés, sans abris, qui attendent des soins médicaux sur le plancher ou par terre. Selon la note de Villiers au coin bas à gauche, la scène de ce croquis se passe en suite de la confrontation à Springfontein, une région agricole dans l’État libre d’Orange, où les britanniques établiront un camp de concentration des boers en 1900.

DATE: ca. 1899-1900
EN PROVENANCE DE : 3E BATAILLON, THE ROYAL CANADIAN REGIMENT
IDENTITÉ DE L'OBJET: RCRM1983.006.0001c

Les héros de Kimberley

Cette image illustre la rencontre de Sir Cecil Rhodes, un magnat minier et ancien premier ministre de la colonie du Cape, avec le lieutenant général John French, officier commandant d’artillerie de la IXe division britannique.

Le siège de Kimberley empêcha les Britanniques presque quatre mois dans leurs efforts d’atteindre Blomfontein, la capitale de l’État libre d’Orange. Pendant le siège, Sir Cecil Rhodes, mieux connu d’après les bourses qu’il a nommées d’après lui, s’était mêlé des tentatives des Britanniques de lever le siège, mais, en fin de compte, il leur a fourni des vivres. Entre le 11 et le 15 février 1900, le lieutenant général French et ses hommes ont réussi à se libérer, ce qui leur permit de se mettre en marche vers la cible plus importante de Bloemfontein.

Comme Villiers était attaché à la colonne de secours de Kimberley dirigée par French, il aurait pu témoigner de la rencontre entre Rhodes et le général britannique à l’hôtel Sanatorium. L’amitié de Villiers avec le frère de Rhodes, le colonel Frank Rhodes, était une raison encore meilleure pour immortaliser l’épisode; Frank Rhodes a servi l’armée britannique pendant 23 ans.

DATE: ca. 1899-1900
EN PROVENANCE DE: 3E BATAILLON, THE ROYAL CANADIAN REGIMENT
Identité de l'objet: MRCR1983.006.0001e

Garde de l'artillerie royale

Selon l’inscription autographe  au verso du croquis, Villiers a illustré ici un dîner de courtoisie offert à Piet Cronje, le commandant des Boers et à sa femme : « Cronje le commandant des Boers (et femme) sont reçus pour un dîner à la champagne par le général commandant à la rivière Modder à l’Hôtel Royal avant de partir en train pour Cape Town ». L’épisode semble avoir eu lieu après la capitulation de Cronje et les « invités » sont bien gardés par les hommes de l’artillerie britannique.

L’inscription soulève néanmoins plus de questions qu’elle n’en réponde. Est-ce que l’artiste a utilisé son imagination, pour déformer en fin de compte la réalité du traitement des prisonniers Boers par les Britanniques? Sans épuiser tous les arguments, il semblerait que c’est le cas.

Il est invraisemblable que le commandant des Boers aurait pu profiter d’une telle courtoisie, surtout à la suite d’une victoire très couteuse pour le camp britannique. La victoire à la bataille de la rivière Modder (28 novembre 1899) fut obtenue par les Britanniques au prix d’immenses pertes et Cronje n’a cédé avant le 27 février 1900 lorsque la formation de Lord Roberts l’a forcé à capituler à la dérive de Paardeberg. Il en va de même avec l’hôtel Royal, situé à une distance considérable de Modder River, à Springfontein tel que mentionné plus haut.

Pourtant, deux éléments semblent rester authentiques : Cronje avait amené sa femme, Hester, au front et ils sont vraiment partis pour leur exile à l’île Ste-Hélène depuis Cape Town, après la défaite des Boers à Paardeberg.

DATE: ca. 1899-1900
EN PROVENANCE DE: 3E BATAILLON, THE ROYAL CANADIAN REGIMENT
IDENTITÉ DE L'OBJET : MRCR1983.006.0001b

Les Vickers Mayin, à Paardeberg

Le cannon d’une livre à 37 mm Maxim Nordenfelt ou Vickers Maxim fut l’une des plus fameuses armes de la guerre des Boers. On l’a offert à l’Armée britannique, mais celle-ci le refusa.

Le Transvaal n’était pas du même avis : c’était une façon peu couteuse de mettre une arme légère de soutien entre les mains de leurs troupes de commando et ils en achetèrent 22 en Allemagne et en Hollande, sous licence. Depuis la première journée de guerre, on a développé une mystique autour de la mitrailleuse ce qui eut un effet démoralisateur sur les soldats britanniques. Surmontant leur peur, les britannique ses sont débrouillés pour capturer la plupart des canons de Boers, mais non avant la bataille de Paardeberg.

DATE: ca. 1899-1900
EN PROVENANCE DE : 3E BATAILLON, THE ROYAL  CANDIAN REGIMENT
IDENTITÉ DE L'OBJET : MRCR1983.006.0001d